Confinement Jour 28

 

LES GESTES

 

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CORPS – ONAVIRUS, crayon et fusain, 27,3 cm x 35,7 cm, copyright Diane Alazet

 

 

Avant cette quarantaine, pour une majorité d’entre nous, le corps n’était devenu qu’un véhicule trivial destiné à répondre à nos besoins les plus primaires. Manger. Dormir. Se déplacer d’un point à un autre. Faire l’amour. Courir. Et subrepticement, depuis ce début de confinement, les lignes ont bougé. Il faut bien le constater, depuis l’annonce de propagation massive du coronavirus, en France et dans le monde, le rapport au geste a changé.

On ne questionnait plus le corps, on se contentait de l’user. On n’avait plus conscience des gestes, on préférait les exécuter. Et puis la folie des médias a mis un joyeux coup de pieds dans tout ça. Le corps est devenu le véhicule de la peur. Le corps de l’autre. Le sien. Il a fallu – en quelques heures – repenser les gestes les plus simples, les réapprendre, les réintégrer, en refaire un réflexe pavlovien. Nous qui pensions nos mains en outils individuels avons subitement dû changer de cap. Nos mains sont devenues les acteurs primordiaux de la transmission de l’angoisse. Et les gestes individuels se sont rapidement transmués en gestes collectivisés. Le corps est devenu collectif. A celui de chacun fait dépendre celui de l’autre.

Jamais nos gestes les plus anodins n’auront eu tant d’importance. C’est la reglorification des rituels les plus insignifiants. Oublier de se laver les mains peut maintenant tout changer. Et s’il fallait trouver dans tout cela une leçon bénéfique, peut-être serait-elle dans cette obligation sanitaire et morale à reprendre conscience de l’importance du geste. Ne plus faire pour faire. Sortir peu à peu le corps de son statut salement trivial. Le regarder pour une fois, pour ce qu’il est, là, maintenant, pour ce qu’il accomplit, pour ce qu’il obéit, pour ce qu’il dit de nous. Le regarder. Le conscientiser. Y prêter attention.

C’est un peu triste, tout de même, qu’il faille la force de la terreur pour nous faire réapprendre l’importance du geste, pour nous faire sentir à nouveau. Dehors, tout a un sens. Chaque pas, chaque éternuement, chaque postillon, chaque discussion, le masque de protection, le mètre de distance. Tout. Le corps est devenu un danger. Et nos mains ont vieilli. Sèches à force de lavage, au fond, séchées par la peur – elles sont devenues celles de vieillards.

Et paradoxalement, si le geste est devenu si conscientisé dans la sphère sociale (extérieure), il n’a rarement été si renié dans la bulle intime. On mange beaucoup (trop). On prend moins soin de soi. On privilégie des choses qui nous semblent plus essentielles. On redéfinit tout et les priorités changent. Bien sûr, il y a les joggeurs et autres sportifs mais je pense que cela ne change pas fondamentalement la donne.

Le rapport au geste a muté. Il nous fait tranquillement ré-appréhender le présent tout en nous l’assénant sous le joug de la peur. Je me demande ce qu’il restera de ces changements brutaux. Comment la sphère sociale du corps sera employée dans trois mois ? Et une petite partie de moi se dit que rien ne changera vraiment. Il restera le deuil et puis la peur de l’autre. Mais il semble, néanmoins, que c’est en analysant la situation et en la questionnant que nous tirerons durablement les enseignements de ce bordel.

 

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