Confinement Jour 35

 

La Grande Loterie

 

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La Grande loterie, crayon et fusain, 27,3 cm x 35,7 cm, copyright Diane Alazet

 

Des mois que le monde parle du coronavirus, qu’on nous assène des vérités et des contre-vérités. Au fond, de tout cela, nous ne savons pas grand chose. Des bribes d’informations – tout juste suffisantes pour introduire la peur. C’est notre première crise. La première fois pour nous, jeunes générations et pour beaucoup de nos anciens (nés après la guerre) que la mort a saisi un tournant collectif. On entend ici et là que certains facteurs augmenteraient le risque de décès chez les patients atteints du coronavirus : le diabète, les maladies chroniques, dans une certaine mesure même certains éléments génétiques. Et le connard de base, moi (et vous aussi du coup) n’a qu’un constat à faire :  en fait, je joue ma vie à la loterie.

Vivre ou mourir. Pile ou face. Ticket gagnant ou ticket perdant. Bon déterminisme biologique ou non. Bref, autant de facteurs qui ne dépendent pas de nous. Je me souviens des enseignements des stoïciens : fais dépendre ton bonheur de ce qui dépend de toi. En l’occurence, ici, le pari est osé. Nous n’avons pas de pion à jouer, pas de dé à jeter, rien. Et si la roue de la fortune n’a pas de main coupable, difficile de ne pas adresser quelques reproches au gouvernement en place.

 

Les maîtres de la loterie aiguilleront la grande roue. Du matériel. Une meilleure sécurité pour les acteurs majeurs. Garder des méthodes humaines. C’est la première fois pour nous que la mort est si concrète. Avec cette prise de conscience, une remise en cause temporaire de nos conceptions établies. Et si l’omniprésence de la mort nous l’avait rendue moins terrifiante ? Et si, durant une trêve incroyablement courte, l’homme social était forcé d’avoir peur autrement, de banaliser peut être, de craindre plus ou moins. Difficile d’universaliser un tel constat parce que je ne suis pas vous et que nos expériences de la mort sont pour les uns et les autres tout à fait différentes.

 

Pourtant, les chiffres récents ont montré que le nombre de patients hors Covid19 à franchir les portes des hôpitaux ont drastiquement chuté durant la première vague de contamination. Soit la population se porte tout à fait à merveille – ce qui semble peu probable – soit les gens ont pris du recul sur leur mal et l’on jugé sans importance (parfois à tord) en comparaison d’autres cas, et ce qui plus est dans dans un système hospitalier saturé. Peut être que cette hypermédiatisation hystérique de la pandémie mondiale, à défaut de nous avoir rassuré, aura tout au contraire banaliser la mort à nos yeux. Plus les décès augmentent, plus ils deviennent des chiffres, plus ils deviennent abstraits, moins nous les concevons.

 

Alors c’est ça. Une immense loterie aux chances inégales et aux pions arbitraires. Et dans un contexte si étrange, deux voies très concrètes se dessinent : la peur ou l’altruisme. Vivre dans l’angoisse quotidienne de croiser d’autres souffles, de fouler d’autres pas ou bien décider d’accepter, d’avancer, d’apporter une aide même minime, quelle qu’elle soit.  Nous ne pouvons pas nous contenter de l’angoisse. Et nous devons, pour la dissoudre lui apporter le jeu, la création, le repos. Jamais encore nos générations n’avaient été unies dans un évènement si tragique. Et aujourd’hui, aux quatre coins du globe, le coeur des hommes bat pour une cause commune, à l’unisson, à la même fréquence.

 

Nous pouvons réhumaniser la grande loterie humaine. Et plus encore, nous avons le devoir de le faire, « parce que le monde nous regardera et se demandera quel genre d’homme nous étions ». Allons piocher dans les grands écrits, dans les grands discours, dans les grands épisodes de l’histoire. Nous avons un rôle à jouer dans la froideur du pile ou face. Et je suis convaincue que nous le jouerons bien. Peut-être, pour une fois, pourrons nous faire de l’adjectif « humain » quelque chose de franc et de beau.

 

Diane.A

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