Confinement Jour 42

 

L’INFANTILISATION DES MASSES

 

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L’Infantilisation des masses, crayon, fusain et acrylique, 27,3 x 35,7 cm, avril 2020, copyright Diane Alazet

 

Il est drôle de constater qu’avant le début de ce confinement, les citoyens du monde étaient – pour une large majorité d’entre eux – considérés comme des entités responsables. Sur eux reposaient la lourde tâche du quotidien : enseignement, soin, commerce, communication, économie, politique, alimentation. Bref, soyons honnêtes, si la société fonctionne, c’est grâce aux acteurs qui la constitue. Le concept de société en lui même n’est qu’une drôle de coquille vide si on lui retire sa substance, à savoir l’homme social.

 

C’est pourtant cela dont il s’agit. L’homme social est en camisole, enfermé, confiné, isolé de son lieu de servitude. Impuissant à opérer, inefficace à faire tourner la grande machine sociale, inapte à l’obéissance des échanges et des flux. Et momentanément, nous pouvons franchement dire que l’homme social est mort. Alors l’économie s’effondre. Alors les industries s’écrasent. Et un constat s’amorce, un constat simple et évident mais que les politiques avaient pourtant su nous faire oublier : ce n’est pas le gouvernement qui fait fonctionner un pays, ce sont ses ouvriers. Et lorsque nous, engrenages multiples, cessons de travailler, nous bloquons l’intégralité de système.

 

Et pourtant… pourtant le gouvernement a changé de cap. Là où le citoyen était un outil efficace à servir le monde social, il est devenu petit enfant. Là où les masses s’élevaient contre les mesures gouvernementales, on voit des individualités isolées, apeurées, silencieuses. Et si les hommes d’hier revendiquaient des droits, c’est à ceux d’aujourd’hui que nous donnons des ordres : « Restez chez vous. portez des masques. Lavez-vous les mains. Faites un jogging. Ne faites pas de jogging. » Sans raison politique et par la simple force des choses, la masse sociale s’est vue brutalement infantilisée.

 

Tous au même titre, vacataires, étudiants, chefs d’entreprises, pères de familles se sont vus gratifiés d’un attribut commun : nous sommes – aux yeux des dirigeants – redevenus des enfants, les bébés apeurés de gouvernements pris de court mais contraints d’adopter le rôle de patriarche. Les allocutions présidentielles nous donnent, tour à tour, l’impression d’être encouragés, restreints, remerciés, cajolés, puis déculottés en public. Voilà, le gouvernement distribue à sa guise des fessées et des confettis à ses pions les plus fidèles, nous. On nous donne des ordres quotidiens – auquel nous nous précipitons de répondre – pour le bien collectif. Et déjà, comme l’enfant en stade d’apprentissage, nous n’avons d’autres options que celles d’obéir aux autorités désignées. Oui, voilà, nous sommes contraints à l’obéissance.

 

Diane. A

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