Par les yeux des poètes

 

 

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Par les yeux des poètes, crayon, fusain et marqueur, 27,3 x 35,7 cm, copyright Diane Alazet

 

Dans ces rues bordelaises au milliers de passants, une vérité jaillit : il faut poétiser le monde. Trop de sourires et de bonjours qui partent dans le vide. Le réel est bien trop ennuyant pour mériter qu’on s’y attarde. Chaque jour, on rencontre des gens courbés sous le poids quotidien des tâches qu’on leur impose, des ordres administratifs, des impôts, des factures, des choix sociaux et affectifs. Ils ont l’air tristes et abattus et leur vision est monochrome.

 

Alors je viens prôner le retour aux yeux des poètes. La même réalité peut avoir mille filtres différents selon qu’on la contemple ou qu’on lui jette un bref regard. Pourtant, le fabuleux peut advenir partout. Il suffit, pour le voir de porter des lunettes spéciales. Leurs verres sont polychromes et elles révèlent le Beau même dans les scènes les plus banales et les discours les plus communs. Le monde est saturé de décorums à découvrir, mais il faut pour cela savoir se détacher du reste, quitter l’assignation du poids des bonnes manières, oser prétendre à un point de vue.

 

Je pense que les meilleurs poètes n’écrivent pas tous des vers. Et les meilleurs recueils se lisent dans les regards. Il existe des millions de façons de concevoir le monde. Il faut trouver la sienne et la cultiver joyeusement, l’aimer, la dépenser, la partager, la faire grandir. Nous avons tous un rôle à jouer dans ce réel multifacette. Surprenons nous, réinventons, empruntons les sentiers sauvages. Le quotidien est romanesque si on l’observe bien en face. Au fond, personne ne veut d’une masse aux lentilles monochromes. Nous cherchons l’expérience ; concevoir de nouvelles couleurs, trouver des pigments inconquis. Nous sommes des artisans, des lunetiers millénaires qui façonnent et adoptent les verres qu’ils ont eux-mêmes conçus. Alors concevons bien, beau, magistral, hors normes.

 

Car nous pouvons tout voir, tout faire, tout construire. Plutôt qu’une fabrique de masse, on pourrait chacun faire ses choix. On essaierait les verres de ses amis les plus loyaux. Comme les lunettes classiques, on les retirerait subitement, surpris par la divergence visuelle de nos lentilles respectives. On verrait dix, vingt, cent, mille vues contradictoires. Ce serait d’une richesse folle, voir le monde des yeux des poètes.

 

D.A

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