Et dans leur voix, le temps

Les nouveaux bâtisseurs, marqueur et fusain, 27,3 x 35,7 cm, copyright Diane Alazet

Ça y’est, les effets du confinement se font inéluctablement ressentir. Et pour la première fois, je l’entends dans les mots des amis retrouvés, des connaissances de passage, de ceux qui comptent et de ceux qui ne comptent pas. Dans leur regard, on aperçoit par micro-éclair d’une seconde des vagues de gravité qu’on ne leur connaissait pas. Et ils racontent leur confinement comme les anciens parlent d’une vie. C’est beau et tragique à la fois, ce moment où ton ami compare son existence à la réussite des autres. Ça lui fait un peu mal. Là je comprends maladroitement que nous, les petits hommes, traversons les mêmes aléas depuis la nuit des temps. Et si la toile se file, c’est peut-être à cause du silence.

Car cet ami avait raison. Le temps jette indifféremment sur le sort des uns et des autres des poignées de succès et d’échecs mal-définis. A nous d’apprendre à manoeuvrer et à façonner ces matières. Pour certains, c’est plus simple. Subitement, je me rends compte sous le regard de mon ami, que mon confinement était beau, merveilleusement épanouissant, aux abords du sublime, entourée des plus beaux matériaux. Lui a dû affronter des choses incroyablement dures, lutter contre lui même et les cartes de base. Alors on a deux choix : chuter plus bas ou grimper la pente. La chute est presque synonyme de profession de foi d’abandon. L’ascension fait reset. Et lorsque je créais sans me soucier du monde, des hommes sur tout le globe luttaient fiévreusement pour la vie.

Il y a ceux que le confinement a tout à fait enrichi. On réfléchit, on tire les lois et on s’active pour le changement. Il y a ceux que le confinement a tout à fait appauvri (au sens propre comme au sens figuré). Il y a ceux qui ont fait le choix d’embrayer, ceux qui ont préféré le sur-place. Et dans les traits des hommes, sur leurs demi-visages masqués, on voit les résidus des actes. Les destinées tracées qui filent sans accrocs. Les épaules encombrées du poids des décennies. Les graines libres. Les nouveaux bâtisseurs. On ne parle peut-être pas assez de ceux qui doivent tout reconstruire. Il faut tout reprendre de zéro, comme un l’an 1 de l’existence et elles font le pari, ces âmes fortes et courageuses.

Je lève mon verre ce jour aux nouveaux bâtisseurs ! Ceux qui croient et qui luttent pour réclamer leur dû. Ceux qui n’acceptent pas les cartes de jeu du destin, qui cherchent des matières plus solides pour mieux façonner leur futur. Je lève mon verre à ceux que le temps a marqué. Les paris sont ouverts pour tout refabriquer. Petits héros modernes aux épaules tenaces, merci d’inaugurer l’arène.

D.A

2 réflexions sur “Et dans leur voix, le temps

    • Je pense que les problématiques qui sont ressorties de ce confinement dépassent largement la question des genres. Il me semble que nous devrions plutôt demander : de quel caractère, type de personnalité, des individus isolés à deux, en collectif ont le mieux géré cette période ?
      J’ai vraiment l’impression que toute cette histoire est plus une question de nature que de sexe (Mais ce n’est q’un avis personnel)

      Aimé par 1 personne

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