Tout est inspiration

La matière première du monde, fusain, 27,3 x 35,7 cm, octobre 2020, Diane Alazet

Un jour on se réveille et on se remémore les kilomètres déroulés de mémoire poétique. On comprend que tout est prétexte à la création, tout. Et les traces qu’on ne saisit pas deviennent de la matière gâchée. Matière première sculptée dans la glaise du monde. C’est un patrimoine qu’on ne voit pas. Les pointillés solides qui constituent la pluie, qui immergent les rues. La tombée du soir au travail. Les abords de l’hiver. Les souvenirs qui vous lèvent. Les souvenirs qui vous couchent. Les rires. Et les reflets des boulevards sur les vitrines trop propres. Les masques sales au sol piétinés par la capitale. Les fous du métro parisien qui vous inquiètent un court trajet. Voir les mêmes scènes se répéter dans le théâtre du monde, des actes parallèles joués dans deux dimensions.

Les mots qu’on surprend ça et là, dans des conversations, près des hordes d’inconnus qui vous semblent familières. La poésie est dans leur bouche, dans leur mot et dans leur inconscience à détenir en substance toute la beauté des choses, naïvement, sans le savoir, presque avec insolence. L’inspiration est partout. Dans leur langage, dans leur geste, dans l’accent de leur voix, dans l’assurance des jeunesses libres et dans les pas lourds des anciens. Je crois qu’un artiste ne créer rien. Il dépose ses hameçons dans la mer agitée des hommes, puis il attend sagement que les matériaux parlent. Un artiste ne créer rien. Il saisit des fragments qu’il capture jalousement. Rentré chez lui, il les expose dans l’attente de son « Eureka », puis un matin il se réveille et tout est évident. Il sait à quelle oeuvre appartiendra le matériau pêché. Alors, tout joyeusement, le coeur battant à mille à l’heure, il commencera l’ouvrage.

Et combien d’inconnus ont prononcé devant moi des phrases merveilleusement poétiques sans s’en apercevoir ? Combien de lèvres ont éclairé le sens d’un théorème que je m’étais posé, dix, quinze, vingt fois ? Je pense aux rituels de saison qui rythment nos jeunes rides : l’automne arrive et l’on retrouve les mêmes scènes successives. Un vingt septième automne. Les ballades du dimanche quand on a rien à faire. Le rien à faire après le trop plein et avant le début de la course. La nuit qui tombe plus vite. La langue italienne entendue dans une laverie des quartiers riches. Des enfants qui s’en foutent du climat actuel et qui jouent à être malades. La danse des pas pressés sur l’asphalte glissant.

Tout est inspiration. Tout. Etre reconnaissant, au fond, de le savoir et remercier les voix des milliards d’êtres humains qui continueront de vibrer pour le bon vouloir des artistes. Et parfois, au détour d’une route on rencontre un poète dont la voix porte plus fort que tous ses congénères. Alors, il faut en faire une oeuvre et prendre soin de lui comme un trésor précieux qu’on se doit d’honorer. Peut être que les artistes sont les seuls à voir cela. L’inspiration est partout.

D.A

2 réflexions sur “Tout est inspiration

  1. C’est ce que je me dis chaque matin. Chaque fois que je sors. Chaque fois que je lève le nez au ciel. Chaque fois que le vent joue dans les arbres. Chaque fois que je vois mes enfants jouer. Chaque fois que je vois un bout de tissu. Une perle. Une feuille de papier. Un mot.

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