Les phases de création

Le printemps du daguerréotype, fusain, 27,3 x 35,7 cm, octobre 2020, Copyright Diane Alazet

Il est une chose étrange pour un artiste du lundi : la perte d’appétit créatif. Ce phénomène advient lorsqu’on a délaissé la pratique artistique pendant bien trop longtemps. Ce peut être pour différentes raisons : un travail très prenant, une priorité pécuniaire. Le risque encouru est le même : la panne d’inspiration. Il est parfois difficile de sortir du sentier. C’est pourtant le lot des artistes de devoir sans cesse osciller entre la vie réelle et les chemins sauvages. J’ai connu ce passage à vide pour un art spécifique : la photographie.

Durant presque cinq ans, j’exposais régulièrement dans des évènements collectifs animés par diverses structures. Et je saisissais tout. L’appareil photo devenait comme un prolongement de mon bras, un sixième sens, un aide mémoire, un troisième oeil rechargeable. Chaque année, le même rituel : un nouveau projet, une nouvelle série, appel à candidature, exposition collective sur une thématique donnée. Le centre culturel de Bercy. La Galerie Vendôme. Le cloître ouvert. L’espace des arts sans frontières. L’internationale.

Et puis, le voyage. Huit mois de vagabondage sur les terres italiennes. Tout. Du sud au nord. Et l’appareil photo a passé le relais à l’outil d’écriture. Ce n’était pas la première fois. Mais cela dura presque cinq ans. Pendant presque cinq ans, j’abandonnais mon oeil et le ressortais poliment pour les grands événements. Comme un petit jouet qui aurait fait son temps et qu’on ré-emploie tristement les jours de nostalgie. Puis j’étudiais le cinéma et je prenais conscience que la photographie ne semblait être qu’un demi-art, quelque part à mi chemin entre le dessin et le film. Maintenant les clichés bougent et on peut les faire dialoguer. Le montage. L’analyse filmique. Le scénario. Les comédiens. Tout. Et je ne comprenais plus l’intérêt des photos qui ne faisaient que recopier l’apparence simplifiée du monde. On dit bien un « cliché ». Je renonçais solennellement à les véhiculer.

Comme un signe additionnel, mon Olympus a rendu l’âme. Des années ont passé et depuis quelques semaines, je ressens à nouveau l’attrait des plans photographiques. Les phases de création sont parfois mystérieuses. elles offrent tour à tour abondance et famine. C’est le rôle de l’artiste d’apprendre à en manier les rênes pour ne jamais dépendre de la bonne fortune. C’est le printemps, profitons-en.

D.A

2 réflexions sur “Les phases de création

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