Dans la grande toile du monde

Dans la grande toile du monde, fusain, 27,3 x 35,7 cm, novembre 2020, copyright Diane Alazet

Nous vivons une époque bien étrange et la vision du monde de notre génération me semble si différente de celle de nos anciens. Qui n’a jamais entendu ses parents, grands parents dépeindre leurs années folles, le plein emploi, les trente glorieuses, la liberté sexuelle, la naissance d’une révolte, d’une conscience politique forte. Le berceau des rebellions modernes. Pleins d’opportunités. On m’a souvent raconté qu’il y a encore trente ans, les diplômes avaient peu d’impact. Un novice pur pouvait monter en grade, rapidement, par l’ardeur et l’audace. Et je ne peux m’empêcher de dresser des comparaisons : de quel monde avons-nous hérité? 


Dure génération que la notre qui doit subir et endosser les responsabilités du passé. J’ai récemment visionné un documentaire sur l’impact dramatique des réseaux sociaux dans le monde, la protection des données etc. etc. A la fin du film, j’ai eu des envies de révolte, contemplant pour la toute première fois la grande toile d’araignée tissée par le monde moderne. Peu importe au fond l’insecte qui la créée. J’ai regardé la toile comme un moucheron terrifié et le spectacle que j’y ai vu m’a complètement glacé : des milliards d’êtres humains englués dans les fibres, soumis par l’empire de l' »évolution ». J’ai compris qu’être humain en 2020 c’est ne plus pouvoir faire un pas sans sombrer dans la culpabilité , et ce pour diverses raisons : Nous allons faire nos courses, nous sommes coupables, parce que nous broyons le monde à coup de plastiques, de déchets – parce que nous abattons des bêtes dans des charniers vivants – parce que l’industrie alimentaire nous sature d’additifs en tous genres qui façonneront bien tranquillement nos petits cancers de demain. Nous regardons la télé, nous sommes coupables : parce que d’innombrables documentaires nous assènent des vérités fortes desquelles nous voulons nous détourner, sans succès. Puis, vous matez un film sur les réseaux sociaux et là encore, over, vous vous sentez pris pour des cons, démunis, minuscules devant la sarabande de conneries que le monde nous sert depuis des décennies. Le coup de maitre de la communication des dernières années a été de mettre sur notre dos les conséquences de leurs propres actes. 

Résultat en 2020, une petite artiste sans voix ressent de la colère. On lui avait promis un marathon légendaire, un truc un peu dingue qu’on appelait « la vie ». On lui avait promis quelque chose de fantastique. Mais elle bute sur le pas de la porte, elle prend sur ses épaules toutes les erreurs des Immoraux, les grands groupes, le Dieu profit, les technologies avancées, tous les maillons de la chaine, Amazon et sa com éthique à deux balles, les mensonges, les contre-vérités, les lobbying, les actions, la crise des subprimes, tout.


J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu que le mot « crise ». Voilà, les historiens diront que nous sommes dans l’ère des crises. La crise économique d’abord pendant ce qui m’a paru être des décennies (de mon regard d’enfant, d’ado), puis la prise de conscience sérieuse de nos délits répétés, la crise écologique (celle là elle dure encore et elle n’est pas prête de s’arrêter). Et la petite nouvelle, la crise sanitaire : les centaines de milliers de morts, l’émergence des théories du complot, la précipitations de milliers de foyers dans la misère. Cette crise là au fond, elle les synthétise toutes.


Et nous, petits moucherons englués dans la toile, nous tentons d’imaginer ce que le monde a été, imaginer une réalité où marcher est possible sans être sans cesse interrompu par mille et un obstacles. Ce qui nous distingue de la génération précédente c’est la prise de conscience. Ils faisaient tout comme nous, mais ils ignoraient, eux, la gravité de leurs actes. La responsabilité sera pour nos épaules. Et c’est notre devoir que d’observer la toile. Une succession d’étapes : la contempler d’abord sans chercher à nier, appréhender son environnement, chercher des yeux l’ennemi (si l’araignée est proche ou non), puis déployer ses forces pour se sortir de là. Personne ne veut crever dans une toile d’araignée et si toutes les proies réfléchissent et combinent un plan stratégique, nous pouvons la détruire et sortir du traquenard. Mais nous ne le ferons pas seul, elle est déjà trop imposante. Il faudra mille sursauts et le cerveau de toutes les proies. 

D.A

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