Les petits sacs de graines

Les petits sacs de graines, fusain, 27,3 x 35,7 cm, décembre 2020, copyright Diane Alazet

Qu’est ce qui détermine ce que nous sommes ? Cette question, je n’ai pas cessé de me la poser ces dernières semaines. Passant quelques jours en famille, j’ai pu avoir du temps avec mon neveu et ma nièce. Un flot de questionnements m’a emporté sur le quai de gare. Prenons une famille lambda, trois enfants issus des mêmes parents biologiques, du même contexte social, pratiquant les mêmes activités. Ils auront beau être égaux et grandir dans des conditions similaires, il y a fort à parier que ces trois individualités prendront des routes très différentes. Je trouve ça fascinant. A quoi cela peut-il bien tenir ? Qu’est-ce qui nous appartient ? Qu’est ce qui dépend du monde ? Je regarde ces petits loulous et je me demande qui ils deviendront, s’ils seront introvertis ou ultra sociables, ce qui les questionnera dans la vie, s’ils s’entendront ou non. C’est un mystère de plus à passer les mailles du cerveau. J’ai une immense admiration pour la manière qu’à ma soeur d’éduquer ses enfants, loin des trop pleins d’écrans, des abus de plastique, dans un respect immense de l’autre. On voit tant de schémas aliénants pour l’humain que ce genre de modèle fait renaitre l’espoir.

Quel est l’impact exact de l’éducation ? Où nait la personnalité de l’enfant ? Quelle est sa part à lui ? Une fois transmis et inculqué son savoir d’être humain, de belles valeurs, la joie, les rires, la culture, l’importance de la morale, les interdits, les rêves, que peut encore faire le parent ? Où naissent les passions et les sensibilités ? Pourquoi lui choisira de dévorer des livres quand son frère adoptera le hobby du football ? Est-ce qu’il y a quelque chose latent en chacun de nous ? Peut être que les parents déposent des sacs de graines, des milliers et des milliers de petits sacs de graines. Lui décide d’attraper ce sac pendant qu’elle en choisit un autre. Ils arrosent et nourrissent les petites graines aléatoires jusqu’au jaillissement poétique de ce qu’on nomme « le caractère ».

Dès lors, je me demande en observant les gens pourquoi celui là est devenu médecin, pourquoi celle-ci est journaliste, ce qui a poussé ce monsieur a travaillé dans le monde du livre et ce qui a poussé cette femme a vivre en auto-suffisance. Jusqu’à quel point sommes nous libres de ce que nous sommes devenus ? Faut-il encourager les enfants à se développer selon leurs propres règles ou est-ce absolument nécessaires de leur faire admettre ceux du monde ? Je regarde ma soeur et je la trouve incroyablement forte. J’ai déjà vu des gens faire des enfants pour faire des enfants, par pur respect des traditions. Elle n’est pas de ceux là, ce qu’elle transmet à sa jeune meute c’est un savoir ancien, perdu : l’essence de ce qui compte, de ce qui compte vraiment. C’est une graine lumineuse déposée dans le monde. Je réalise que les enfants font renaitre les mythes, surtout celui de Pygmalion. Un sculpteur de génie taille une oeuvre exceptionnelle, il en tombe amoureux. Il prie pour qu’elle prenne vie, le voeu est exaucé puis l’oeuvre d’art s’émancipe de la main mise du maitre.

L’éducation d’un enfant, c’est une oeuvre d’art sur vingt ans (et plus encore). Au départ, j’imagine qu’on prépare les onguents, on mélange les pigments, on les choisit d’ici, de là. Tout bon peintre souhaite avoir les meilleurs matériaux et il s’active à la commande. Peut-être qu’une partie de l’oeuvre dépendra de cette première étape. Pour l’artiste tout compte et il fait ce qu’il peut. Parfois quelques détails échappent à sa gouverne mais il en garde les rennes. Et puis un jour, le grand portrait prend son indépendance. Il garde les acquis que les grands lui ont transmis et il fait son chemin, selon sa propre voie. Et l’oeuvre d’art grandit, vadrouille et vagabonde, elle se peaufine encore (et elle se peaufinera toujours). Les écoles sont remplies d’oeuvres d’art en construction. La société regorge de tableaux émancipés. Si les parents sont des sculpteurs, ma soeur est Michel-Ange. Je comprends maintenant l’importance du rôle de l’éducation, on aurait mieux fait de commencer par là. Ça nous aurait peut être épargné une crise climatique et une résurgence des théories complotistes. Aux parents éclairés et aux graines lumineuses, merci.

D.A

4 réflexions sur “Les petits sacs de graines

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