C’est quoi déjà l’Avenir ?

L’Avenir, réinterprétation des Iconologies, fusain et marqueur, 27,3 x 35,7 cm, janvier 2021, Copyright Diane Alazet

Il y a quelques jours, j’ai regardé une émission de grande écoute dans laquelle un psychologue expliquait les effets dramatiques qu’aurait la crise sanitaire sur la jeune génération. Il rappelle que dans son enfance, le futur était synonyme de progrès, au sortir d’une guerre déplorable où tout était à reconstruire. Nos parents ont vécu un âge d’or de l’emploi et propulsé l’avènement de revendications fondamentales pour la société moderne. C’est sous leur règne qu’est apparue l’émancipation des femmes, ainsi qu’une plus grande considération des soucis des minorités. L’identité a changé. Le monde a changé. Ils se sont levés pour le droit à l’avortement, pour la conscience climatique, contre les massacres au Vietnam. Et le changement à cette époque semblait quelque chose de possible. La lutte avait un sens.

Difficile en 2021 pour la jeune génération de ne pas sombrer dans une forme aiguë de désespoir face à l’avenir. La crise sanitaire a emporté de nombreux rêves, le sort des étudiants en est la preuve irrévocable. A ce temps où le futur était synonyme de progrès, nous opposons l’idée d’un avenir troublé, sans emploi immédiat, sans possibilité de construire des projets viables, avec la certitude que la situation climatique nous poussera très bientôt dans nos tout derniers retranchements. Nos parents dressaient des barricades avec l’espoir au ventre, nous menons nos manifs avec la peur aux tripes. Nous sommes la génération de ceux qui ne peuvent plus reculer et j’ai peine à imaginer ce que ressentiront nos héritiers.

Il y a quelques semaines, j’ai rêvé d’une scène bien étrange. L’humanité vivait dans un monde apocalyptique. Nous comprenions que cet état de prise de conscience aiguë des problèmes climatiques – d’ordinaire éprouvé deux heures par semaine lorsqu’on check un documentaire alarmiste – était devenu normalisé. Nous avions oublié l’insouciance et l’aveuglement, car le chaos était là matérialisé sous nos yeux. Puis, tout a coup l’humanité prenait conscience de l’inéluctabilité des faits : nous y passerions tous. Alors, quelque chose de sublime vint recouvrir tout ce bordel. C’était la masse humaine qui faisait vibrer sur le monde son action la plus généreuse. Un immense amas de lumière qui sait qu’il s’apprête à s’éteindre. La fulgurance sublime de l’éclair final.

Je me suis réveillée en sursaut dans un état d’esprit serein. Ce cauchemars apparent était un très beau rêve. Je sais que tout cela est étrange, que pour la première fois de l’histoire le futur est synonyme de doute et surtout… de pire. Mais il existe tant d’outils pour briller avant le dernier acte. C’est peut-être le moment de créer quelque chose de beau et de bâtir des solutions à la hauteur de nos espoirs. Il est peut-être temps de penser à ce que nous laisserons. Ne laissons pas dire que nous n’étions qu’une vaste espèce de dégénérés. Ne laissons pas entendre que la beauté n’existait pas : faisons survivre les chefs d’oeuvres et créons-en de nouveaux. Montrons la partie éclairée de ce que peut être l’homme.

D.A

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