Bilan lecture : Dans le jardin de l’ogre

Dans le Jardin de l’ogre est un roman de Leila Slimani paru en 2014. Nous y découvrons Adèle, une jeune femme mère de famille atteinte de nymphomanie aiguë. Entre deux bains donnés à son fils Lucien, entre deux étreintes platoniques avec son mari, Adèle démultiplie les rencontres, les corps qu’elle connait, ceux qu’elle découvre, les peaux jeunes, les familières. Comme un sursaut dévorant, elle doit palper les corps, les épuiser, les comprendre. Adèle vit ses excès comme une maladie folle et tente sans succès de reprendre une route « acceptable ».

C’est un roman sur le jugement, le jugement que l’on a de nous-même, celui qu’on imagine être celui des autres, l’oeil social, familial, intime. Leila Slimani interroge la notion de quête : parfois nous recherchons des buts pré-imprimés et nous cavalons docilement. Parfois la quête immédiate déloge un attrait plus profond.

L’auteure envoie son manuscrit à de nombreuses maisons d’édition. Toutes le refusent. Puis, elle s’inscrit au stage Gallimard aux côtés de Jean Marie Laclavetine qui l’aiguille quant à la réécriture de son oeuvre. Elle est finalement éditée et obtient le prix Goncourt quelques années plus tard pour son second roman, Une chanson douce.

J’ai beaucoup aimé cette oeuvre. L’écriture est directe, synthétique, presque mécanique, à l’instar des actions et des choix d’Adèle. Avec le temps et les lectures, j’ai développé une véritable passion pour les plumes chirurgicales, celles qui prennent pour matière l’attrait du viscéral. Slimani me semble de celles-là.

« Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée toute entière (…)qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre« .

 » Elle est exaltée comme le sont les imposteurs qu’on n’a pas encore démasqués« .

« Comment pourrait-elle se souvenir d’autant de peaux, d’autant d’odeurs ? Comment pourrait-elle garder en mémoire le poids de chaque corps sur elle ? « 

Très heureuse, en bref, d’avoir fait la découverte de cette auteure audacieuse et de sa plume crue. Au plaisir de dévorer bien d’autres de ses oeuvres.

D.A

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