Le carnet de route du quotidien

Après quelques mois de retard, je viens de terminer mon carnet de route du quotidien des mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2020. Je vous rappelle le concept : synthétiser en quelques mots, des titres de romans, des croquis, des visuels l’expérience d’un moment donné. Réoffrir sa complexité à la mémoire humaine. La photographie seule, pour moi, est incapable de témoigner justement de la force d’une période. Il faut encore lui ajouter la précision des sentiments, le recours aux lectures, les pages, les auteurs que nous lisions, les dessins des lieux parcourus, des musiques, des films, des noms de villes ou de pays. C’est l’album souvenir d’une petite histoire humaine qui cherche à sauvegarder des traces pour s’émouvoir plus tard, qui cherche à exister, à donner matière aux futurs anthropologues.

Pas la période de mon histoire la plus évidente. Je me vois baigner et patauger dans des doutes existentiels, je me vois toute engluée dans des problématiques humaines. Et contempler le carnet de route me fait méditer sur nos sorts ; je trouve de la beauté dans cette soif d’individualité, cette dalle de lutte contre l’anonymat des hommes. Je trouve de la beauté dans cette certitude absolue d’une petite existence à un instant T qui pense sa vie comme un noyau autour duquel les autres gravitent. L’astre de son propre conte. Alors, par poésie je veux taire à cette individualité qu’elle n’est qu’une maille du chainon, qu’il existe des problèmes plus vastes, des problèmes avérés. Je veux lui taire sa place dans cette univers multiforme et extraordinairement grandiose, infini, illimité, mis hors compétition pour la logique des hommes mais source inépuisable de contes et d’imagination.

Par ce petit carnet de route, je veux lui interdire de penser qu’elle est un parmi d’autre, qu’elle n’est qu’un muscle du monde, une nano cellule excitée dans un organisme fonctionnel. Lui taire que malgré ses problèmes à elle, le gros monstre vivant fonctionne à merveille, comme une machine huilée qu’il a fallut des millénaires pour activer correctement et qui ne se laissera pas stopper par une poussière dans les rouages. Lui dire que pourtant sa poussière est une poudre d’or, quelque chose qui compte, qui reste, qui a droit de rêver au souffle d’immortalité. Je veux la remercier de reporter encore sur son petit carnet les aléas de son histoire, méticuleusement, avec une concentration folle. Par le carnet, la vie humaine accepte son anonymat dans une course à la beauté, guidée par une quête poétique.

D.A

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