Faire ses excuses au temps

Aletheia, fusain, copyright Diane Alazet

Il y a quelques jours, j’ai appris que la formation que je souhaitais faire depuis près d’un an (et pour laquelle j’avais mis de côté et travaillé toute l’année) n’existait plus. Vous commencez à me connaitre maintenant, ni une, ni deux, paf, une crise existentielle. Quelle drôle d’expérience à vivre : attendre un avenir hypothétique devenu flou par la force des choses tout en étant contraint d’exister dans un présent improductif. Prise de conscience fascinante qu’on peut passer sa vie à vivre à côté du temps. Moi, petit poète troublé qui s’est par lui même condamné à courir quelque part entre les attentes du passé et le poids de l’avenir sans ne jamais exploiter l’impact du présent. Coincée dans une chronologie où le temps est laissé pour compte. Face à cette vérité étrange qu’on peut vivre sans exister, qu’on peut laisser le temps couler sans ne jamais l’investir, perpétuellement bloqué entre les murs obliques de l’avant et de l’après, il a bien fallu rebondir.

Prise de conscience étrange : j’ai passé des mois et des mois à snober le présent. Condescendance folle d’une âme insatisfaite qui refuse la danse du monde en anticipant son carnet de bal. Hautaine et radicalement distraite. Alors il a fallu faire ses excuses au temps. Il a fallu promettre de retrouver le droit chemin, réinsuffler de la vie dans la bataille du quotidien. Retrouver la poésie. Repartir en quête de beauté. Réapprécier les vagues de l’enchaînement des jours comme on apprécie le roulis des douces mers du sud. Il a fallu réapprendre à poser l’attention sur un instant donné : se rééduquer à la respiration, réappréhender l’attention posé sur le premier pas, puis le second, sur le rythme de la marche. Réobserver les visages, les sons, les mots, les expressions. Repartir en guerre contre la force du mental qui rembobine et anticipe comme une machine rouillée, comme un tourne disque blessé qui grésille et qui raie.

Je me demande où s’est enfui ce temps inexploité, ces instants d’inattention d’où la vie était absente, ces moments où je n’étais pas là, absorbée dans la quête abstraite d’un futur aléatoire. Je me suis transformée en personnage de conte. Une petite fable humaine où les esprits rencontrent l’absurdité des hommes et se conjuguent ensemble pour devenir dramaturges. Ce sont les mots d’un autre semblable qui m’ont fait prendre conscience de cela, et qui ont tissé cette histoire. L’absurdité d’une âme solitaire puisera toujours des clés dans l’entraide de ses congenères. Il faut parfois l’appui d’un regard ami pour comprendre son histoire sous un prisme plus juste. Et je les remercie.

D.A

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