Retrouver la photographie

Palazzo Spinelli à l’eau du Finistère, Série Surimpressions, OLYMPUS DIGITAL CAMERA, mars 2022, copyright Diane Alazet

Cela faisait des années que je n’avais pas touché un appareil photo. Ça avait été comme une fièvre ; la découverte d’un médium fascinant vers l’âge de seize ans, des expérimentations, l’apprentissage. Puis, peu à peu, l’idée d’une piste plus politique, l’instrument comme preuve, comme objet de questionnement social. Il fallait aussi que la poésie vienne mettre son nez dans tout ça. J’ai eu la chance très tôt de pouvoir exposer mes travaux à Paris, durant mes études. Et puis l’échec d’un concours d’entrée à l’ENSP de Arles et puis le voyage et puis plus rien. Cinq années sans photographie, sans réelle production.

Je m’étais accoutumée à « couvrir » les évènements politiques par l’image, les manifs à Paris, les nuits debouts, les mouvements sociaux. Il y en aurait eu pourtant des occasions de partir vagabonder dans les cortèges furieux, entre les gilets jaunes, les manifs pour le climat et le black lives Matter. Mais rien. Pour les séries plus poétiques, intimes, artistiques, mille projets dans les tiroirs qui prenaient la poussière.

Alors en août dernier, en quittant Paris pour Bordeaux, j’ai refait mon site internet (www.dianealazet.com) et j’ai contacté toutes les galeries du coin pour repartir au combat. Drôle de constat pourtant : rien de neuf à montrer, je n’avais plus rien produit depuis cinq ans. Alors, j’ai ressorti mon vieux book en me disant : « voyons tout de même, on ne sais jamais ». Quelques jours plus tard, un appel de la Galerie Sixteen et de son directeur Jean Pierre Fleury, un projet d’exposition et l’idée de réaliser conjointement un livre avec ses photographies et mes textes. Une condition néanmoins : « Tu dois produire une nouvelle série ».

Alors, un peu la peur au ventre, j’ai réouvert mon photoshop et je me suis remise au travail. J’avais oublié ce que c’était… Ce sentiment de chimiste dans son laboratoire quand on confronte des centaines d’images pour les faire fusionner avec d’autres consoeurs, quand on est responsable de tout mais coupable de rien, quand on joue, qu’on travaille, qu’on module, qu’on transforme. Car il s’agit bien de cela, faire des surimpressions en photographie, c’est de la métamorphose. C’est l’aptitude à voyager dans le temps, être à deux endroits à la fois. Vous les choisissez, elles, parce que vous captez quelque chose que vous n’aviez jamais décelé, une ressemblance, un point commun, une émotion assimilée. Dans le laboratoire, vous vous amusez des souvenirs et vous faites danser la mémoire. Aucun contrôle mais un terrain de jeu infini aux millions de possibilités. Toutes ces combinaisons vous donneront parfois le vertige, surtout ne pas s’arrêter, pousser le curseur toujours plus loin. Tout doit être testé. Et parfois, sans crier gare, quelque chose jaillit, une surprise, une bonne combinaison, le tube à essais prend et ça vous dépasse complètement. La composition ou la couleur, le mélange de deux formes, n’importe quoi. Parfois, vous l’avez et ça vous saute aux yeux. Il faut parfois des heures d’expérimentations pour avoir la bonne prise et croyez-moi, ça vaut le coup. Ce moment extraordinaire où vous avez saisi quelque chose du monde et de vous-même, ce moment où le coeur tambourine à tout rompre, où le cerveau éructe, où le corps est en sueur. Et vous tenez votre eurêka. Alors, bien installée, je me sens reconnaissante, reconnaissante d’avoir la chance de connaitre ce sentiment et viscéralement fière d’avoir repris les armes.

D.A

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