L’écho des hémicycles

A l’approche des régionales, j’ai tenté de trouver cette semaine de nouvelles sources d’informations. On m’avait beaucoup parlé de la chaine Thinkerview, alors je l’ai dévorée. De l’homme politique en lutte au lanceur d’alerte ingénieur en agroalimentaire, j’ai consommé des heures d’interviews de société. C’est drôle comme ça m’a fait voyager des années en arrière. Je me suis souvenue d’un truc tout à fait enterré ; le lycée et ses manifs, une fascination absolue pour les textes et les penseurs de la Révolution française, un besoin de comprendre en profondeur, de saisir les filiations, de les nourrir, de produire quelque chose de neuf. Des lectures politiques, des traités révolutionnaires. Je noircissais les pages de cours d’histoire frénétiquement, en quête d’un idéal. Apprendre le discours de Danton. A cette époque, la politique n’était faite pour moi que des visages du passé. Je m’intéressais aux contemporains mais ils étaient insuffisants. Il y en a eu en dix ans des scandales d’hommes d’état, des maires, des députés, des ministres, des premiers ministres, des présidents. Et au vue des casseroles qu’ils se trainaient au cul, j’ai abandonné toute passion pour le pouvoir politique français.

Et puis, les bancs de la fac, des cours d’histoire obligatoires qui ne me fascinaient plus. Jusqu’au jour un peu particulier où un enseignant d’histoire contemporaine a fait face à l’amphi bondé. C’était le plus grand de Tolbiac, des centaines d’esprit en friche. Cours magistral déclamé sur les partis politiques à la fin du XIXe siècle. Il y avait quelque chose dans son regard qui nous a tous réveillé, qui nous a donné envie de nous battre ou du moins de nous révolter. Il parlait du temps de la vraie politique, un temps où un bon orateur était absolument capable d’obtenir le vote d’une loi sur une assemblée opposée à ses opinions politiques. L’âge d’or des hémicycles, lorsque le mot « discours » avait un sens valable, qu’on se battait pour une idée avant de se battre pour une carrière. Il parlait d’un discours prononcé par Victor Hugo qui avait plié l’Assemblée. Chateaubriand, Hugo, Lamartine, plus tard Romain Gary, se souvenir d’un temps où les députés et les ambassadeurs étaient des hommes de lettre éminemment intelligents. Comme j’aurais aimé m’impliquer dans un monde politique tel que celui là.

Pourtant, ces dizaines d’heures de visionnage de Thinkerview ont eu le mérite certain de réveiller quelque chose. Toujours plus l’impression d’être dupée de tous les côtés mais toujours plus le besoin de reprendre le pouvoir sur l’escroquerie. Je me dis qu’il suffirait de pas grand chose pour que ce sentiment soit partagé et peut être pas grand chose pour s’éviter la honte aux prochaines présidentielles. Il suffirait de pas grand chose pour commencer à prendre le pouvoir en allant voter le 20 juin pour les régionales – même si on a la flemme, même si on n’y croit plus. N’oublions pas que les politiques ne sont rien d’autre que des représentants directs du peuple. Votons pour nos reflets, pour ne plus en avoir honte.

D.A