De l’extraordinaire diversité des Hommes

Planche 16 de mon livre d’illustration en cours de réalisation, mai 2022, copyright Diane Alazet

Ça ne fait pas de mal, parfois, de réévaluer les échelles de valeur ; observer l’homme pour ce qu’il est, un animal comme un autre sur une planète comme une autre dans une galaxie comme une autre. Et s’il est de coutume – en ces temps difficiles – de souligner ses défauts, son extraordinaire aptitude à la destruction, j’ai voulu en prendre le contrepied total et y observer la beauté. La naissance d’une espèce moderne il y a environ deux cent mille ans, son nom : l’homo sapiens. Il aurait pu être n’importe qui, faire n’importe quoi, développer n’importe quelle aptitude, aller n’importe où. Il aurait pu être tout en bas de la chaine alimentaire, ne jamais vraiment raisonner, vivre caché, être herbivore. Il aurait pu naître sédentaire et ne jamais se propager. Des milliers de choix possibles, de combinaisons potentielles. Et l’homo Erectus d’il y a trois cent mille ans est devenu L’Homme.

On peut ne pas être très fier du résultat final, mais cette fois j’ai envie de m’attarder sur sa poésie. Après plusieurs semaines à avoir dévoré des documentaires en tous genres sur les artistes et les danseurs, les poètes et les physiciens, je me suis sentie happée par l’extraordinaire diversité des vies humaines. Je crois avoir perçu le monde sous un oeil tout à fait nouveau, un oeil tout à fait étranger. imaginez un non humain découvrir nos drôles de moeurs et nos existences sur la terre : il serait probablement terrifié par ce que nous nous infligeons, par la pensée globale, soit – mais je crois qu’il serait aussi profondément fasciné par tout ce que nous avons construit, par la littérature qui investit les rues, par les revendications sociales et politiques. Il serait sans doute fasciné de contempler la pluralité des créations humaines. Nous sommes une espèce, nous avons un cerveau, nous possédons un corps, et après, qu’en faire ?

Et devant ces documentaires, scrutant tour à tour le journal recomposé d’Andy Warhol, un cycle d’épisodes Arte sur l’histoire de la danse, les plus grandes figures musicales du XXe siècle et les conférences de Presse du Festival de Cannes, j’ai été bouleversée. Bouleversée de l’exceptionnel champ des possibles réservé à l’espèce humaine. Nous pouvons TOUT faire, tout. Emerveillée, je le suis, en comprenant qu’un homme peut un matin se réveiller avec l’extraordinaire conviction qu’il doit s’investir en politique lorsque son voisin de palier croira fermement à son rôle dans l’évolution picturale du XXIe siècle. Dans l’immeuble d’à côté, au quatrième étage, le réveil ne sonnera pas, pour elle le sommeil est sacré et l’inaction est une bannière. Trois rues plus loin, un homme d’affaire relit ses dossiers du matin et vernit ses chaussures pour une ”Réu de négociations”. Un étudiant studieux épuisé par les révisions dans une bibliothèque du centre. Là des touristes, ici des agents de sécurité. Des maîtres de conférences, des laissés pour compte, des ambitieux, des pacifiés.

L’extraordinaire multiplicité que contient le mot : Homme. Piégés dans une époque où l’avenir se restreint, où le passé devient une honte et le présent un champs de bataille, difficile de pouvoir constater à quel point nous sommes libres. Pas libre des codes sociaux. Pas libre des stéréotypes. Pas libres du système non plus. Mais libre du noyau primaire qui constitue ce que nous sommes, qui détermine nos choix et nos aspirations, libres de nos boussoles et de la route à prendre.

D.A

Sur la route

Sur la route, fusain, 27,3 x 35,7, novembre 2021, copyright Diane Alazet

Après quatre semaines d’inertie, il fallait reprendre la route. J’ai retrouvé la joie de mon travail itinérant : objectif, trouver un maximum de donateurs pour la Fondation Le Refuge. Chaque jour, changer de ville, découvrir de nouveaux visages, apprendre de nouvelles histoires, entendre de nouveaux rires. Rencontrer une nouvelle équipe avec qui vous passerez plus d’un mois à vagabonder joyeusement, avec qui vous partagerez tout, les jours, les nuits, les moment de triomphe et les claques de défaite. C’est toujours un loto de partir en mission. Et parfois, dans la bienveillance des hasards, quelque chose se produit. On entend des noms familiers, des blazes d’artistes qu’on admire, des oeuvres et des images qui avaient marqué la rétine. On discute et on rencontre des entités amies, des petits êtres semblables à soi qui cherchent le vivant, qui sont partis en quête d’eux-mêmes, qui ont trouvé des pistes. On rencontre des âmes poétiques, des dalleux de la création, des soiffards de la vie. On écoute leurs histoires comme on entend des contes, ça nous inspire prodigieusement. Drôle d’impression que celle d’entendre dans les bouches des autres l’écho de ses propres mots. Mais dans le nombre, ils résonnent mieux. Il y a mille et une manières de voyager : l’exploration géographique, les drogues, la création. On peut voyager dangereusement tranquillement assis sur sa chaise, traverser les brousses de la jungle dans une simple discussion. On peut découvrir de nouveaux continents par la chimie des mots des autres avec sa propre expérience. Peut-être que les rencontres humaines font de nous des navigateurs. Peut être qu’elles nous apportent un meilleur axe au gouvernail ; elles nous apprennent à barrer mieux.

Des scènes de films oubliées qu’on voulait tout à fait revoir. Réactualiser la quête des choses vivantes, rechercher ce feu passionné que connaissent ceux qui créer, là, juste au creux du bide, quand l’alchimie advient. Vouloir le partager. Qu’il est doux d’observer le monde sous diverses lentilles, d’adopter le regard des autres pour mieux revenir au sien, de saisir dans telle pupille un peu de sa propre exaltation, de capter dans telle autre le feu de ses propres batailles. Ce spectacle sublime où pour un bref instant, trois regards se transforment en un oeil omniscient. Et l’inspiration se promène dans ces interstices de beauté, elle rampe en nous frôlant de sa majestueuse carcasse. Je me penche pour la caresser et sa peau est brûlante.

D.A

L’importance du point de vue

Journée de fête, photographie, 30 x 45 cm, Copyright Diane Alazet

Il y a mille et une manières de photographier une scène. A ras le sol. De face. De dessus. De dessous. On peut choisir d’isoler un élément. On peut magnifier tout le cadre. On peut même capter le décor du contre champ de la scène. Alors, amis lecteurs, à l’heure des réseaux sociaux, il est important plus que jamais d’avoir son regard propre. Ce peut-être, pourquoi pas, l’exercice de la journée ? Trouvez une scène quelle conque et prenez le temps d’observer. Prenez le temps d’appréhender votre propre poétique : dans les détails ? Dans le tout ? Dans les reflets ? Dans les formats ? Tout est bon à saisir pour la formation du regard. Je pense que cette approche fait partie intégrante de la construction de soi. La quête de la découverte du monde et des hommes passe par l’observation. C’est la première des grandes étapes dans tous les domaines existants : science, art, mathématique et j’en passe.

Vous savez comme moi que les réseaux sociaux sont déjà sur-saturés d’images identiques, d’iconographies semblables. Cela tient sans doute au fait que pour beaucoup d’entre nous, la mise en scène d’une photographie est précisément calculée pour correspondre à ces images déjà existantes. Peut-être qu’en retournant le processus, nous accéderions à quelque chose de plus intime, de plus vrai ? Et si le clic final materialise notre oeil plutôt que l’oeil social ou celui de la toile… On assiste à quelque chose de sublime. Soudain, plus d’Iconographie des réseaux mais une toile grandiose aux milliards de regards, aux milliards de points de vue, de sensibilités, aux milliards de poèmes. Les hashtags deviendraient des mots clés vide de sens, de simple termes de classification. Les images qui les contiendraient seraient merveilleusement variées.

Je rêverais qu’ensemble nous tentions ce jeu. Les règles sont ouvertes. Il faut juste observer avec un regard neuf. Tous les points de vue sont bons à prendre ! J’ouvre aujourd’hui un petit concours poétique. Je me dis qu’à notre échelle, nous pouvons créer des remous. La thématique est la suivante : Scène de repas. A vous, pour une semaine, de prendre une photo différente, composer quelque chose de beau par un simple recours au réel. L’extraordinaire viendra de vos choix. Je publierai vos photographies les plus poétiques sur mon compte Instagram. ajoutez les hashtag #journalduneartistedulundi et #moniconographie. L’image que je présente est celle de l’article.

à vos regards, prêts, partez ! Le concours prend fin lundi prochain. Inondons la toile de poésie !

D.A