Bilan Lecture : Huckleberry Finn de Mark Twain

Cette semaine, on lance une nouvelle rubrique ; j’ai décidé de parsemer Journal d’une artiste du lundi de bilans littéraires. Et pour initier le cycle, je vous propose un retour sur le Huckleberry Finn de Mark Twain. C’était ma toute première lecture de cet auteur. D’emblée, le ton du roman heurte la morale du lecteur ; incroyable comme les productions artistiques sont parfois imprégnées de leur temps. Un bref résumé, tout d’abord : Huck est un « garnement », enfant élevé par un père alcoolique et violent, il est ensuite adopté par une famille « comme il faut ». Au retour de son père, l’enfant décide de fuir. Il élabore un scénario, se fait déclarer mort et traverse le Mississippi à bord de son radeau. Bientôt, il retrouve un homme, Jim, esclave échappé de sa famille d’adoption. Les deux hommes voyageront au détour des rives américaines.

Il incombe ici de recontextualiser cette oeuvre : 1884, Etats-Unis, l’esclavagisme bat son plein. Les propos de Mark Twain peuvent apparaître comme choquants : condition des esclaves noirs-américains etc etc. Les descriptions de l’auteur sont pour le moins polémiques : racisme ultra ancré des moeurs américaines, questionnements métaphysiques sur liberté et peuples noirs. Une scène particulière retient mon attention : Huck hésite à dénoncer son ami Jim – esclave en fuite. Il considère leur amitié comme un acte immoral et sait être de son devoir de le ramener aux chaînes. Pourtant, la relation des deux hommes évolue rapidement. Très vite, leur amitié prend le dessus sur le reste. Toujours leurs aventures gardent un background esclavagiste et c’est peut-être au fond ce qui rend cette oeuvre plus adulte. Twain invente le regard d’un enfant de son temps sur une société établie et sa lecture fait froid dans le dos.

On peut dire d’une certaine manière que cette oeuvre a mal vieillie. Difficile de lire au XXIe siècle des phrases telles que : « Le nègre de Miss Watson, Jim, avait une balle de crin grosse comme le poing, qu’on avait trouvée dans la quatrième poche de l’estomac d’un boeuf et il s’en servait pour faire de la magie. Il disait qu’un esprit qui savait tout était enfermé dedans ». Je n’ai jamais su quoi penser des théories révisionnistes qui tendent à effacer les noms et les oeuvres coloniales. Mais en lisant les aventures de Huckleberry Finn, je me suis tout de même dit : « N’oublie jamais qu’un jour, on a pu dire ces mots, n’oublie pas que « racisme » est un terme moderne, qu’à l’époque ça n’existait pas. » S’il fallait se concentrer sur les seules péripéties du récit, ce serait un roman de jeunesse. Si nous lui ajoutons le contexte, c’est un livre d’histoire.

La lectrice que je suis sort de tout cela un peu troublée.

D.A