Hier, les femmes

Hier, les femmes, fusain, 27,3 x 37,5 cm, janvier 2022, copyright Diane Alazet

Drôle d’expérience pour une femme du XXIe siècle d’ouvrir les pages de l’illustre « Quatre filles du Dr March ». Ça faisait des années que je voulais m’y plonger, un sacré classique. Mollat, le bon rayon, le bon moment, les fêtes de Noël ; il n’en fallait pas plus. Quelle étrange expérience que celle de se retrouver projetée dans un XIXe siècle américain au comble du machisme où les femmes sont réduites à leur misérable statut marital. Ne vous méprenez pas, je suis accoutumée aux oeuvres littéraires de cette époque. J’ignore pourquoi, cette fois, l’indignation est à son comble. Je pense aux oeuvres d’Henry James, des soeurs Bronte, de Thomas Hardy, de Tolstoi. Cependant, dans les lignes des écrivains susmentionnés, l’héroïne prenait les armes contre les diktats sociaux. Elle réclamait un absolu, une justice, quelque chose de tangible. La lecture des Quatre filles du Dr March m’a partiellement révoltée parce qu’il n’existe qu’une figure qui fait le choix de la bataille (et quelle figure fabuleuse que le personnage de Jo). Le machisme est parfaitement toléré et le roman est truffé de « bons conseils pratiques » pour devenir une parfaite petite épouse, du genre : « Surveille-toi, sois la première à demander pardon si vous avez tous deux commis une faute » et autres joyeusetés stéréotypées sur le rôle de la femme dans la cuisine et dans la bonne gestion du foyer.

Alors, je me suis questionnée sur les conséquences de tout ça sur les femmes de nos générations. Comment tous ces préceptes de docilité, de douceur, de soumission et d’obéissance ont pu laissé leur marque même dans les esprits les plus farouchement libres et émancipés ? Comment éduquer une jeune fille au XXIe siècle, en la tenant le plus possible éloignée de ces clichés à la vie dure ? Dans quelle mesure une femme elle-même soumise à ces préceptes est-elle susceptible de pouvoir élever sa fille sans lui en transmettre les valeurs ? Quelles sont les méthodes aujourd’hui susceptibles de pouvoir former des femmes absolument libres ? Il y a bien sûr l’importance des lectures classiques, les grands textes fondateurs du féminisme, les essais philosophiques et sociologiques. Il y a les activités pédagogiques pour les enfants, l’importance des exemples que l’on donne. Mais que faire de tout le reste ? Ce qui n’est pas conscientisé, ce qui n’est pas analysé, ce qui existe depuis des générations et qui refait surface à un moment ou à un autre ? Comment éduque on à la liberté ?

Sans avoir encore terminé la lecture de ce roman, il aura eu le mérite de me faire me poser un milliard de questions sur ces problématiques. Je pense à ma nièce, aux jeunes femmes de mon entourage. Je me dis que c’est dans l’effort collectif qu’on arrivera à déplacer les frontières. Je réfléchis à des méthodes pédagogiques pour les aider dans ce cheminement tout en luttant moi-même pour me dépêtrer de mes propres stéréotypes. Englués. Rien à faire, la liberté est l’affaire de tous. Il n’y a pas d’âge pour se battre. C’est une lutte de générations.

D.A

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