La place de l’homme

 

 

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La place de l’homme, crayon et marqueur, 27,3 x 35,7 cm, mai 2020, copyright Diane Alazet

 

 

Il y a encore trois mois, on pensait que la Terre était irrémédiablement perdue. On entendait chaque jour des nouvelles alarmistes, des comptes rendus sans équivoques, des bilans fatalistes. On ne savait pas, bien sûr, qu’un événement hors du commun allait apporter des nuances à ce drame planétaire. On ne savait pas qu’il suffirait de quelques semaines de confinement pour voir re-débarquer des espèces dans les lieux publics. On ne savait pas que la nature, loin des populations humaines, reprendrait tranquillement ses droits.

 

On ne savait pas. On ne savait pas parce qu’aucun d’entre nous n’avait imaginé un espace public dénué d’hommes. Nous sommes juste partout. A chaque décorum, il doit y avoir des hommes, des hommes pour l’habiter, pour le bâtir, pour le produire, des hommes, partout des hommes. Et nous, grand maillon de la chaine sociale, ne concevons le monde qu’à l’aune de nos gènes. De cette situation, nous déduisons deux choses :

 

  1. Si l’homme se reposait sur un fatalisme écologique, il devra trouver d’autres excuses. La sur-médiatisation de l’urgence écologique, en effet, avait pour effet pervers la banalisation du mal. Si je sais que la planète est foutue et que nous avons atteint le point de non retour et si, de plus, mes congénères adoptent une pensée analogue, quelle nécessité de changer mes habitudes ? Mais alors quelle excuse adopter face aux révélations récentes ? On sait que le confinement a eu des effets bénéfiques sur la planète. On sait aussi que ces effets ont un eu un impact modéré. Alors plusieurs options : se dire que la masse d’effort à fournir ne vaut pas le coup face au résultat potentiel… Ou bien faire le pari. On aura toujours des excuses, toujours. 
  2. Jusqu’à encore quelques semaines, nous pensions être le noyau du monde. Nous pensions que la Terre était l’esclave de nos envies, qu’il suffisait juste de vouloir, de concevoir puis d’ordonner. Nous pensions que la biologie marchait sous le joug des hommes et que nous punirions ses tentatives de soulèvement. Et pourtant, elle nous a bien eu. Il a suffi d’un virus, un minuscule truc vivant, une ridicule bactérie de moins de 250 nanomètres pour mettre le monde des hommes KO. Echec et mat’, le vivant a répliqué.

 

Il y a des siècles et des siècles, on pensait que l’homme était au centre du monde. Puis, la science a dégainé et des schémas d’un genre nouveau ont faire leur apparition. Copernic, blablabla, on connait. Pourtant, à bien y regarder, dans le cerveau des hommes, loin des connaissances théoriques admises, l’humain semblait être resté à la place impériale, sacré noyau de l’univers. La science avait fait ce qu’elle avait pu et malgré ses vérités concrètes, elle n’avait pu ôter le germe d’égo en l’homme. Et bien, des siècles plus tard c’est chose faite. Cette crise sanitaire d’envergure mondiale aura peut-être enfin raison de nos fantasmes surdimensionnés. Peut être que ce petit virus nous fera réétudier l’échelle de l’homme dans l’univers et peut-être qu’il saura nous rendre un peu plus humble. Une toute mini bactérie au XXIe siècle a tué des centaine de milliers de vies humaines et amené le chaos chez une espèce dite « puissante » – une espèce, disait on – qui n’avait plus personne à craindre.

 

Voilà comment la nano-biologie remet l’homme à sa place.

 

D.A

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