Le régime des images

Iconocratie (réinterprétation des Iconologies), 27,3 x 35,7 cm, fusain et marqueur, janvier 2021, Copyright Diane Alazet

Cette succession de confinements aura laissé des traces. On a souvent parlé des conséquences de l’enfermement sur le poids des français, peu d’exercices, flemme, repas copieux, gourmandise. Puisque la société se soucie du visible, on l’a vite exhorté à refaire du cardio, à manger plus sainement, à retrouver la ligne. C’est d’un autre type de régime que je souhaite vous parler. Ces mois de confinement ont sans doute exacerbé quelque chose que la toile subissait depuis des années : la consommation abusive de contenus abrutissants : chaines d’infos continues, fake news, liens putaclics et j’en passe. Comme les effets d’un manque d’exercice ou de la mal bouffe sur le corps, la consommation d’images a un impact non négligeable sur le fonctionnement du cerveau. Sans réflexion, sans analyse, noyée dans le divertissement, le champ cognitif, lui aussi, voit apparaitre son bide à bière. C’est en apportant au cerveau des contradictions qu’il se muscle et qu’il s’active. Dans un monde où les paramètres YouTube offre un contenu adapté à votre propre vision du monde, on oublie les avis contraires ou bien on tente de les faire taire.

Alors, derrière mon petit écran d’ordinateur Apple, je me dis que je mérite un peu mieux que tout ça. Je repense aux kilos en trop stockés au premier confinement et aux semaines qui ont suivi, lorsque je m’appliquais à me sentir mieux dans mon corps, à l’alimenter plus sainement. Pourquoi n’avons-nous pas un raisonnement analogue concernant l’impact des images ? Notre cerveau ne mérite-il pas de consommer de bons apports ? Après des mois d’excès de jeux et de divertissements, de vidéos dogmatiques calées sur nos propres vérités, peut-être est-il temps de reprendre la route du réel. Dans la réalité, un événement a mille facettes et l’on peut tour à tour croire deux avis contraires sans qu’aucun des deux camps ne profère de mensonges. Dans la réalité, on accepte qu’on ne sait pas tout et que l’étendue écrasante des connaissances humaines ne sera jamais synthétisée dans un petit cerveau humain. Alors, on accepte également que l’erreur est possible ; on interroge les vérités et on ne les assène pas. On accepte qu’une thèse vérace sera peut-être fausse demain. Ce sont toutes ces contradictions que nous effaçons tranquillement. Nous laissons les écrans devenir nos précepteurs en oubliant que les écrans ne sont que des courbes sur des lignes.

Etrange d’imaginer un Alexandre Le Grand formé et éduqué par une nouvelle technologie. Twitter est le nouveau Socrate. Les images ont prit une place démentielle dans nos vies. Il est peut être temps d’en faire quelque chose. Je pense à la bedaine qu’à du prendre mon « intelligence ». C’est décidé, je me mets au régime des images. Je veux tenter de rééduquer ce petit cerveau ramolli. Comme un régime alimentaire, il faudra être fort et les tentations seront légions. J’imagine mes synapses travailler l’élasticité, puis réaliser douloureusement leurs cinq séries de gainage. J’imagine le travail des mois sur le drôle d’organe oublié. Ça n’empêchera jamais les quelques rechutes d’usage, il ne s’agit pas d’extrémisme. J’ai une fringale de connaissances j’espère en devenir affamée et trouver méticuleusement les meilleures sources pour les nourrir.

D.A

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